Psychanalyse

Fragments d'interviews  - 3 -





 
Evoquons encore quelques
idées reçues. Parmi les critiques adressées à la psychanalyse, il y aurait le fait que la thérapie se passe seulement dans la tête et néglige le corps. Qu'en pensez-vous ?

J'en pense que c'est absurde. Cette idée est à mettre à la corbeille, comme beaucoup d'autres. N'importe quelle personne ayant fréquenté un tant soit peu le divan d'un analyste vous dira combien le corps parle à haute voix à de multiples reprises pendant une analyse. Il y a sur le divan autant de place pour les mots que pour les tripes.

Que répondez-vous à ceux qui disent : une psychanalyse, ça dure longtemps ?


Je réponds qu'il faut comparer des choses comparables. Longtemps par rapport à quoi ? Si c'est par rapport à la durée de vie de l'individu, alors c'est faux. Deux séances par semaine sur dix mois, cela fait 60 heures. Qu'est-ce que cela représente quand on compare cette durée au temps passé devant des nullités télévisées ou en voiture dans les embouteillages ? Qu'est-ce que cela représente par rapport au temps pendant lequel on souffre ? Au temps que l'on perd à ne pas vivre sa vie ?
Si on trouve que c'est long par rapport à telle ou telle thérapie x ou y, alors je réponds qu'il y a deux façons de faire le ménage : on peut soulever le tapis et envoyer la poussière dessous avec le balai, ou bien on peut passer l'aspirateur. Vous pouvez trouver cela intégriste mais c'est ainsi ! On ne peut pas comparer le travail d'un artisan ébéniste et celui de l'entreprise qui fabrique des meubles en kit.

Aïe ! Encore une question d'argent ? Le meuble conçu par un ébéniste coûte évidemment plus cher qu'un meuble en kit !

Non, je vous ai dit il y a un instant que le montant des séances est très souvent adapté aux ressources de l'analysant.

Pourtant, parmi les idées reçues, il y a aussi le fait qu'une analyse coûte cher...


Eh bien encore une fois : cher par rapport à quoi ? 75 pour cent des consultations chez les généralistes ont pour objet des troubles fonctionnels. Ce sont souvent des somatisations, c'est-à-dire une expression par le corps d'un conflit qui, une fois conscientisé et verbalisé, se trouve résolu. Là où la médecine va donner des anti-quelque chose sur la durée et participer ainsi au déficit de la Sécurité sociale, la psychanalyse va à la source du problème. Alors, bien sûr, vous pouvez me dire que, d'un côté, l'argent sort de la poche de la sécurité sociale alors que, d'un autre côté, il sort de la poche du patient. Oui, c'est vrai et cette responsabilisation devrait être évidente. Je le répète souvent : tant que vous n'acceptez pas au moins une part de responsabilité dans ce qui vous arrive ou ce dont vous souffrez, alors vous n'avez aucune prise sur les choses et donc aucun moyen d'aller mieux. Payez votre guérison ou votre changement et vous gagnerez en autonomie. Passer sa vie à dire que c'est la faute des autres, des parents, du destin, des microbes ou du temps qu'il fait ne fait en rien progresser.

Bon, j'ai compris qu'une analyse dure évidemment plus longtemps qu'une thérapie symptomatique...

Attendez, une dernière remarque ! A l'époque de FREUD, les analyses pouvaient durer six à dix mois. S'il n'en est pas forcément de même aujourd'hui, c'est parce qu'à l'époque, les séances étaient quotidiennes. Si vous revenez à ce que nous disions tout à l'heure à propos de la fréquence, alors évidemment, si une personne veut une seule séance par semaine, elle ne fera pas son analyse en six mois. Là encore, c'est une question de responsabilité. Le choix que fait chaque analysant doit être assumé dans toutes ses conséquences.

Mais ce temps-là, c'est tout de même un temps très long avant que l'on obtienne le résultat souhaité !

Une psychanalyse ne doit pas mettre l'individu en suspens, elle ne l'enferme pas dans un placard jusqu'au terme du travail thérapeutique. La vie est là, jour après jour, et l'analysant doit continuer à être dans le mouvement de la vie. Se focaliser sur l'objectif final est nuisible ; d'ailleurs peu d'analysants s'accrochent à cette idée. Très rapidement, ils se rendent compte que chaque pas compte, chaque instant, chaque séance. Pour reprendre une idée orientale qui colle parfaitement bien avec l'analyse, je dirai que le chemin est bien plus important que la destination. L'analyse est un processus, c'est quelque chose de vivant, d'évolutif.

Et la psychanalyse guérit toujours ? Je veux dire : elle fait toujours disparaître le symptôme qui occasionnait la souffrance initiale ?

Non, elle ne guérit pas toujours parce que ce n'est pas l'objectif premier d'une analyse ; elle guérit parfois et c'est alors le bénéfice supplémentaire. Mais le bénéfice premier est si capital ! On n'est pas le même après une analyse que celui ou celle que l'on était auparavant. La psychanalyse nous apprend tellement de choses sur nous-même ! Des choses qui nous aident à vivre autrement, bien ou mieux. Elle nous donne envie de devenir libre, sans plus nous prendre les pieds jour après jour dans d'obscures questions sur le père, la mère, l'enfance, le corps, et j'en passe. Oui, la psychanalyse, c'est une école de la liberté qui nous aide à nous affranchir de cette part de nous que nous ne comprenons pas et
à devenir nous-même. Elle nous permet de créer notre vie.


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