Psychanalyse

Fragments d'interviews  - 1 -
 




Une psychanalyse, qu'est-ce que c'est ?


C'est le travail réalisé entre une personne qui parle et que l'on appelle un analysant, et un psychanalyste qui a lui-même vécu une psychanalyse personnelle très approfondie, et qui écoute.

Ce dernier point, celui d'une psychanalyse approfondie, n'est pas discutable ?

Non, aucunement discutable !

Avant de me décider, je pourrais donc demander à l'analyste s'il a bien fait sa propre analyse et auprès de quel analyste il l'a faite ?

Cela n'aurait à mon sens rien d'inconvenant, et je ne vois pas pourquoi un analyste devrait être gêné qu'on lui pose ce genre de questions. Vous ne poseriez évidemment pas la question à un médecin puisque, pour être médecin, il faut avoir fait tant d'années de médecine. Mais un analyste ! J'ai envie de dire que ce sont même des questions qui doivent être posées car, depuis la fameuse loi sur les psychothérapeutes, nombre de praticiens prennent le titre de psychanalyste, qui n'est pas protégé, alors qu'ils n'ont pas vécu leur propre psychanalyse. Ce sont de véritables dangers publics pour leurs patients.

Justement, l'univers de la thérapie est devenu une véritable jungle. Comment s'y retrouver ? Comment savoir ce qui serait bon pour moi, ce qui me ferait du bien, ce dont j'aurais besoin ? D'abord, pourquoi rentrer en analyse ?

Soit parce que vous souffrez trop et que vous vous dites que seul, vous n'y arrivez plus, que vous avez besoin d'aide ; soit parce que vous pressentez que votre vie pourrait être plus ceci ou plus cela, parce que vous ressentez un sentiment d'incomplétude, une insatisfaction, l'intuition d'une dimension plus vaste, d'une saveur plus forte, d'un sens plus clair, plus évident.

Oui, mais en état de souffrance, je peux tout aussi bien choisir autre chose qu'une psychanalyse ?

Bien sûr ! Vous pouvez exprimer la demande d'une thérapie de soutien, vous pouvez entreprendre une psychothérapie, vous pouvez choisir telle ou telle approche qui vous parle bien... Il y a de très nombreuses portes auxquelles un individu peut frapper lorsqu'il ne va pas bien. Mais ce ne sera pas une psychanalyse.

Mais alors qu'est-ce qui fait la différence ?

Essentiellement la forme donnée à la démarche, la relation entre le thérapeute et le patient, les concepts sur lesquels se fondent les différentes approches. Le choix peut convenir, ou décevoir. On peut se sentir en phase, ou non. Et on aura parfois du mal à dire si l'on ne sent pas en phase avec la forme de la thérapie, ou bien avec le praticien.

Bon, admettons que j'aie fait le choix d'entreprendre une psychanalyse. Pourquoi n'y a-t-il pas UNE psychanalyse ? Pourquoi parle-t-on d'analyses freudienne, jungienne, lacanienne ?

Tout simplement parce que la psychanalyse n'a jamais été un bloc de marbre, et elle ne l'est toujours pas. Tout au long de la vie de son créateur, Sigmund FREUD, elle n'a cessé d'évoluer, de progresser, pour devenir aujourd'hui le système le plus élaboré, le plus complet, celui sur lequel est assise toute notre psychopathologie, même si certains prétendent le contraire. Cette évolution n'a pas cessé avec la disparition de FREUD. Elèves et disciples ont poursuivi l'oeuvre et lui ont donné une envergure toujours plus vaste. Même du vivant de FREUD, amis et élèves ont participé à l'enrichissement de la pensée et de la pratique psychanalytiques. De Sandor FERENCZI, "l'enfant terrible", jusqu'aux analystes contemporains, tous s'accordent pour dire que la psychanalyse est sans cesse réinventée, et notamment par l'analyse personnelle du futur analyste.
Alors, pourquoi des orientations théoriques différentes ? Parce que même les psychanalystes sont des individus uniques, différents, singuliers. Ils ont chacun un parcours de vie unique, leur psychanalyse a été une aventure qui ne ressemble pas à une autre psychanalyse. Et puis, comme la vie, je le répète, la psychanalyse est en mouvement et c'est une bonne chose. Voilà pourquoi il est important, avant d'entamer une analyse, d'être en phase avec l'approche de l'analyste. Si on le trouve trop ceci ou trop cela, deux solutions : soit changer d'analyste, soit s'interroger sur ce qui fait que ça ne passe pas, et cette interrogation nous sera précieuse pour mieux nous comprendre.

Quelles qualités faut-il pour entreprendre une analyse ?

Je ne vais tout de même pas paraphraser FREUD ! Je dirai juste qu'il faut du courage et de la persévérance.

Tout le monde peut faire une analyse ?

J'aimerais répondre oui. Toutefois, plusieurs paramètres viennent tempérer cette réponse. Tout d'abord, existe-t-il chez le patient un véritable désir d'entreprendre une analyse ? Le niveau de souffrance est-il tel que l'analyse apparaît comme la seule voie possible pour vivre autrement ? Est-ce que les croyances de la personne l'ont auparavant orientée vers d'autres formes de thérapies qui auraient donné des résultats insatisfaisants ? Etc. C'est la vocation des premiers entretiens que de faire le tour de beaucoup de questions. Car c'est un sacré engagement d'entrer en analyse !
Poncer, raboter, désensabler, enlever une à une toutes les couches qui nous alourdissent, nous déforment, nous handicapent, cela n'est pas une promenade de santé et tout le monde n'a pas envie d'une mue en profondeur. Il y a les adeptes du lifting ou du maquillage, et il faut aussi accepter le choix ou les limites de la capacité de changement de ces personnes.

Faut-il savoir quelque chose à propos de la psychanalyse pour entreprendre une analyse ?

Pas du tout. Avant d'être une théorie, une psychanalyse est une rencontre entre deux inconscients. Analyste et analysant ne sont pas réunis pour un travail de savoir, mais pour une communication de l'intime.

On parle souvent de la "règle" fondamentale en psychanalyse. De quoi s'agit-il ?

La seule règle qui permet l'analyse, et que l'analysant doit accepter dès le départ, c'est celle de l'association libre, c'est-à-dire le fait de dire tout ce qui vient à l'esprit, sans rien omettre. Ce n'est pas facile pour tout le monde au début ; il faut se faire à cette façon de mettre la pensée et la verbalisation en accord. C'est tout. La psychanalyse est une école de la liberté, elle n'enferme pas l'analysant dans un carcan de règles ou de contraintes.

Dans le champ analytique, il existe seulement la psychanalyse ?

Pour donner une réponse brève à votre question, on peut dire que dans le champ des approches analytiques, il y a la psychanalyse pure, avec ses différentes orientations. Puis viennent des approches qui s'appuient sur les concepts analytiques, mais dont les protocoles s'éloignent de l'orthodoxie psychanalytique.

Pourquoi le jargon des psychanalystes est-il aussi imbuvable ?

Chaque jargon professionnel semble obscur et incompréhensible à ceux qui sont extérieurs à la profession concernée. Vous avez déjà entendu discuter des philosophes ? Des juristes ? Et même des philatélistes ou des numismates ?... Le jargon des psychanalystes, c'est la langue qu'ils utilisent entre eux, pour échanger et réfléchir. Mais le public en général, et les analysants en particulier, n'ont absolument pas besoin de parler ce langage, ni même de le comprendre. On peut parfaitement parler de psychanalyse, expliquer la psychanalyse, sans avoir recours à un langage incompréhensible par le plus grand nombre. Même une pensée complexe peut être exposée avec des mots simples.


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