Qui êtes-vous, Jean-Charles Bettan ?


Quand on prend rendez-vous chez un psy, on aime bien savoir à qui on a affaire. On aimerait par exemple être orienté, recommandé par un ami en qui on a confiance. Commençons donc par faire connaissance. Qui êtes-vous ? Quel est votre parcours professionnel ?
Je suis issu du monde de la communication. J'ai commencé ma carrière dans le journalisme au quotidien LE PROGRÈS. J'ai ensuite occupé les fonctions d'attaché de presse. J'ai participé à la création d'une radio que j'ai dirigée et dont j'ai assuré la présentation des journaux du matin pendant plusieurs années. Pendant 15 ans, j'ai été Directeur de cabinet et Directeur de la communication de personnalités politiques d'influence locale ou d'envergure nationale ; j'ai aidé des maires, conseillers généraux, députés, secrétaires d'état et ministre à mieux communiquer avec les citoyens.
Parallèlement, j'ai animé des séminaires de communication et d'optimisation des performances pour des particuliers, des étudiants, des enseignants, des dirigeants et du personnel d'entreprises, des cadres de collectivités territoriales. J'ai fondé l'Institut Européen de la Performance et dispensé pendant 10 ans les séminaires "PERFORMANCE MAJEURE", destinés aux adolescents. Et puis, je suis revenu à mes premières amours, des amours qui ne m'ont jamais quitté depuis l'adolescence : la psychanalyse, la psychothérapie, et l'hypnose.

Comment un spécialiste en communication peut-il en arriver à devenir un spécialiste des thérapies par hypnose ?
L'hypnose est une discipline qui, sans jeu de mots, m'a toujours fasciné ! J'ai toujours été persuadé qu'il suffisait d'un rien pour que notre regard sur un sujet se modifie. Il fallait pour cela changer de perspective, de position par rapport au sujet. Aujourd'hui, à force d'accompagner les patients sur les allées tortueuses et caillouteuses de la souffrance, je suis évidemment convaincu que les problèmes de communication entre les hommes proviennent d'abord des problèmes issus de la communication que chaque individu entretient avec lui-même, des projections dont il pare son environnement, de l'empreinte de son passé. Pour améliorer la communication entre les êtres, il faut que chaque individu soit en paix avec son histoire, qu'il abandonne les lunettes à verres déformants avec lesquelles il considère la vie, qu'il s'ancre enfin dans la réalité.

Vous voulez dire par là que les notions d'hypnose et de communication sont proches ?
Oui, bien sûr ! L'hypnose est simplement une forme particulière de communication. C'est un langage qui parle à une partie très intime de notre être.

Vous enseignez aussi cette discipline ?
Oui, à des professionnels de la santé d'horizons très divers. J'enseigne en FRANCE, en BELGIQUE, en SUISSE, et au MAROC.

Aujourd'hui, vous vous dites d'abord psychanalyste et pourtant, vous pratiquez en hypnose clinique. Ce n'est pas un peu paradoxal ?
Pas du tout. Il est vrai que certains praticiens s'étonnent parfois du fait que je puisse avoir deux casquettes aussi différentes que celle de psychanalyste d’une part et celle de praticien en hypnose clinique d’autre part. Mais il n'y a là pour moi rien de paradoxal. Personne ne s’étonne qu’un psychiatre psychanalyste puisse répondre à des demandes d’analyse d’une part et prescrire des anti-dépresseurs d’autre part. L'explication tient simplement dans ce constat : par mon analyse personnelle, je pense être en mesure d’accompagner des analysants dans leur démarche analytique ; par ma longue expérience de l’hypnose, je peux répondre à la demande de patients souhaitant entreprendre une thérapie ou une psychothérapie par hypnose. J’ai donc deux patientèles bien distinctes.

Vous insistez toujours beaucoup sur les spécificités de l'hypnoanalyse...
Effectivement. C'est pour moi un univers d'une grande richesse qui souligne la stérilité des débats qui opposent hypnose et psychanalyse. L'hypnoanalyse réconcilie avec beaucoup de bonheur la mère et la fille. Toutefois, comme la psychanalyse, l'hypnoanalyse peut avoir des conséquences dramatiques sur les patients si elle n'est pas pratiquée par un praticien ayant lui-même vécu sa propre analyse.

Vous trouvez encore le temps d'effectuer des missions en AFRIQUE !...
Ça, c'est le côté passionnel ! D'abord, je suis fasciné par le continent africain. Ensuite, j'ai le souci de l'autonomie des pays pauvres, notamment en matière de santé publique, et je m'efforce d'apporter ma pierre -modeste !- à cette autonomie. Je suis persuadé que les choses avanceraient plus vite si l'on parvenait à intégrer certaines approches thérapeutiques alternatives ou complémentaires au système de santé de ces pays. C'est cette idée, cette philosophie qui m'ont fait conduire pendant 20 ans des missions au BURKINA FASO, au SÉNÉGAL, au CONGO BRAZZAVILLE, au MAROC et à MADAGASCAR.


Vous ne partez plus ?
Il y a un temps pour tout. On ne transmet pas forcément la même chose tout au long d'une vie. Et on ne transmet pas non plus les choses toujours de la même façon. Il est important pour moi maintenant de partager le fruit de mon expérience clinique et j'aimerais le faire d'une façon qui tranche avec les formats traditionnels de la formation. Je réfléchis...

Enfin, il y a chez vous un parfum de révolte, d'indignation, quelque chose de l'ordre de la résistance qui vous fait parfois prendre des positions assez... marquées !

Il me semble que la résistance doit faire partie de l'esprit citoyen. Le monde de la thérapie bascule de plus en plus dans le marketing et cela me désole. Le  citoyen devient de plus en plus un objet que l'on manipule à souhait et dont on anesthésie l'esprit critique. J'ai envie de réveiller cet esprit critique. Je voudrais inviter à porter un regard neuf, différent, singulier, sur un tas de sujets, à commencer par les sujets qui me sont proches. Plus généralement, je cherche à
inciter l'individu à occuper au mieux, sinon pleinement, sa place de citoyen. Je m'efforce de mettre en lumière toutes les techniques de manipulation dont il est quotidiennement l'objet. J'aimerais inviter le plus grand nombre de personnes à faire la part de l'illusion et la part du réel, et à faire le choix du réel. Développer sans répit notre sens de l'objectivité, de l'éthique et de la responsabilité personnelle face au patient et face à la société que chacun construit par ses actes, cela me paraît essentiel et je ne crois pas que l'on puisse s'y engager sans se révolter ni sans se faire des ennemis.


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