Hypnose clinique
Introduction



L'hypnose clinique regroupe un grand nombre de façons de concevoir et de pratiquer l'hypnose. Dans ce large éventail de théories et de pratiques, je vois personnellement trois grandes catégories que je souhaite vous présenter à travers ce site.


Il y a d'abord l'hypnose que le public connaît certainement le mieux : c'est l'hypnose symptomatique. C'est la thérapie par hypnose la plus brève. Ses résultats sont dus à l'exercice d'une action plus ou moins directe sur un symptôme ou un comportement afin de le modifier, l'estomper, parfois le faire disparaître.

Le patient est allongé sur le divan, il a les yeux fermés, et le praticien parle. Il utilise des outils permettant au patient de quitter peu à peu l'état de veille réflexive qui caractérise nos activités quotidiennes. Dès que le patient a décroché de cet état de veille, il est déjà dans un état d'hypnose, superficiel certes, et qui s'approfondit naturellement au fur et à mesure que le praticien continue à parler. A partir de ce moment-là, l'inconscient du patient va se comporter exactement comme une éponge : il va prendre tout ce qui passe à sa portée : les mots prononcés, les images évoquées, les sensations suggérées... La métaphore que j'aime à donner pour expliquer ce qui se passe alors est la suivante : " Vous êtes le jardin, je suis le jardinier ". Il s'agit bien d'une hypnose passive, qui agit par suggestion, par imprégnation progressive, un peu comme un peintre composerait par petites touches le tableau qu'il a en tête et qui prend forme sur la toile. Dans cette approche, notre objectif est purement symptomatique, ou comportemental. Nous exerçons délibérément une action pour faire disparaître un symptôme, ou tout au moins l'estomper, ou pour remplacer un comportement néfaste par un autre comportement. Voilà pourquoi nous pouvons parler d'une hypnose passive.

Cette action que je viens de qualifier de "délibérée" n'est toutefois pas forcément directe. Elle peut s'appuyer sur des suggestions très directives et autoritaires, tout comme elle peut avoir recours à des symboles, des métaphores, des petites histoires, ou encore des voyages dans notre univers sensoriel. Le choix du praticien se fera à partir du matériau recueilli tout au long de l'entretien préliminaire. Quant au caractère passif du patient, il n'est qu'apparent. En lui en effet, des forces endormies recommencent à se mouvoir, des ressources assoupies s'éveillent, des désirs s'apprêtent à se manifester à nouveau. La parole du praticien est comme le baiser du Prince sur les lèvres de la Belle au bois dormant.

L'hypnose symptomatique est l'exemple même de la thérapie brève. Le patient ne veut pas se pencher sur l'origine de son symptôme, il ne veut rien savoir des raisons qui lui ont donné naissance, ni des mécanismes qui sont à l'oeuvre et qui pourraient expliquer l'utilité de ce symptôme. Le but est donc d'inviter son inconscient à trouver le meilleur arrangement qui soit avec cet invité gênant qu'est le symptôme. La démarche présente d'indéniables intérêts pour un certain public auquel elle apporte un confort rapide et une qualité de vie appréciable. Toutefois, il ne faudrait pas que le praticien se leurre : l'hypnose symptomatique a aussi ses effets pervers. En effet, si chez une partie des patients, l'arrangement est durable, chez d'autres en revanche, ce qui se trouve derrière le symptôme cherche à se manifester à nouveau et l'on assiste alors au retour du symptôme, ou encore à un déplacement ou une substitution du symptôme.
Concluons sur une note positive : l'hypnose symptomatique permet d'obtenir des résultats remarquables dans le traitement de la douleur, la gestion du stress, ou encore les dépressions réactionnelles.


La deuxième catégorie regroupe les techniques d'hypnose active, que j'appelle aussi hypnose cathartique car elle est l'héritière de la méthode cathartique de FREUD et BREUER. S'appuyant sur le caractère naturellement régressif des états de conscience modifiée, c'est elle qui a permis d'écrire les pages les plus étonnantes de l'histoire de l'hypnose. C'est grâce à elle également que JANET a traité pendant de nombreuses années des névroses de guerre.

La thérapie a pour but de permettre au patient de faire remonter du matériau destiné à mettre en lumière les événements censés être à l'origine des symptômes actuels. Une fois l'état de conscience modifié, l'inconscient se manifeste et communique alors par la parole, par des gestes, ou par une expression émotionnelle souvent très intense. Grâce à cette approche thérapeutique, les patients retrouvent parfois des événements traumatisants de leur passé et peuvent ainsi se libérer de leurs affects refoulés.

Pourtant, un siècle après BREUER et JANET, c'est à cause de son aspect naturellement régressif que cette forme d'hypnose demeure entourée d'un halo de mystère et d'un fatras d'idées reçues. L'image négative dont elle souffre est due en premier lieu à la mode des "vies antérieures" qui, pendant des années, a vu des personnes se découvrir une existence passée de moine tibétain, de déesse égyptienne, ou de personnage célèbre de notre histoire. L'image négative a été d'autre part renforcée par l'aspect souvent spectaculaire de l'hypnose cathartique, qu'il s'agisse de la forme ou du contenu des séances. Il me paraît en conséquence indispensable de replacer dans son cadre thérapeutique strict l'hypnothérapie cathartique, et d'inviter le public à regarder les choses d'une façon pragmatique, détachée des passions et des croyances.


Enfin, il y a l'hypnoanalyse stricte. C'est une approche qui s'appuie à la fois sur les concepts de la psychanalyse et sur le rôle facilitateur de la modification de l'état de conscience. L'expérience montre à l'évidence que c'est celle qui va au plus profond des souffrances et des problématiques. Véritable voyage à la découverte de soi, elle constitue la dernière, la plus grande et la plus belle aventure humaine.